Commerçant bien connu au chef-lieu, Jean Héraux
aujourd'hui disparu fait l'objet d'un livre qui met en valeur son
talent. caché de photographe artistique. Une véritable découverte.
Jean Héraux s'est efforcé de capter les choses du quotidien. Comme,
ici, l'inondation de l'avenue d'Arches en janvier 1941. Jean-Marie
Lecomte et Bernard Chopplet relisent les épreuves du livre. Mathieu
Dubois; La couverture de l'ouvrage
APRÈS « Ardennes, terre de chasse », « Les Ardennes,
guide de découvertes » et « Gonzague, Charlie », notre
ancien confrère, Bernard Chopplet, vient d'achever « Les Ardennes
de Jean Héraux ». Cet ouvrage de 192 pages et 200 photos, édité
par « Noires terres » a été réalisé grâce à la collaboration
d'Alain Tourneux, conservateur du Musée de l'Ardenne et possesseur du
« fonds Héraux ». Soit près de 5.000 négatifs pris entre 1936 et 1986 dans la collection personnelle du commerçant de la rue de la République. A la rencontre des émotions Jean-Marie
Lecomte a sauté sur l'occasion pour en faire un opus et rendre hommage
à « un homme qui savait aller à la rencontre des émotions ». L'appareil photo toujours à portée de la main, Jean Héraux a, au hasard des vagabondages, saisi et glané sans cesse des images. « Son
esprit curieux et son œil averti en firent le spectateur constamment en
éveil des beautés simples de la nature, du patrimoine, des gens de la
rue tel qu'ils vivaient et des événements. Un monde sans doute en
harmonie avec son sens de l'existence » résume Bernard Chopplet
qui a visiblement pris du plaisir à découvrir l'univers plein de poésie
de ce photographe passionné et talentueux. Ces documents vont donc
connaître une seconde vie à travers un témoignage incomparable sur la
richesse patrimoniale des Ardennes et un regard approfondi sur la
paysannerie. « Son plaisir était avant tout d'apprivoiser la
lumière, de jouer avec les ombres et de capturer un regard. J'ai eu
l'impression d'entrer dans l'intimité de l'homme et du
photographe » avoue Bernard Chopplet. Le journaliste devenu
écrivain dit aussi combien le défunt était un personnage humble.
« Jamais soucieux de paraître, pas du tout intéressé par une
quelconque notoriété, il n'a jamais eu l'idée de réaliser une
exposition de ses œuvres ou de les faire publier de son vivant ». L'œil du maître Propriétaire
d'une cabane de chasse à Ham-les-Moines, le disparu a beaucoup
photographié la vallée de la Sormonne, la campagne, les êtres humains
mais aussi les tableaux de chasse et de pêche. Il a aussi été témoin
de scènes de guerre : le comportement des occupants et l'arrivée
des troupes américaines en septembre 1944. « Durant cette
période, il a quasiment fait un reportage de presse fantastique sur les
bombardements américains qui visaient à pulvériser le nœud ferroviaire
de Mohon avant le débarquement ». Enfin, celui qui fut aussi le
photographe attitré de Jean Rogissart et Henri Manceau au sein de la
« Revue de l'automobile club des Ardennes » a aussi laissé de
beaux clichés noir et blanc. Vallées de la Meuse et de la Semoy,
natures mortes, châteaux, débâcle de la Semoy. Sans oublier la
Cadillac du Général De Gaulle prise le 31 janvier 1946 au garage
Gojon (l'actuel emplacement de Speedy) après des travaux d'entretien. « Avec
ce livre qui dégage une certaine douceur de vivre, on a exhumé un
travail que personne ne connaissait de lui. En retraçant le parcours
d'un authentique photographe qui, une fois sorti de son officine, a
toujours agi en véritable témoin » expliquent Bernard et
Jean-Marie. La plupart des clichés faits en 6/9 avec des appareils à
soufflet et des films très lents mettent en valeur la qualité
artistique et documentaire de Jean Héraux. Pascal Remy